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jeudi 04 octobre 2012

Test la Sportiva Népal Trek

Test la Sportiva Népal Trek
Le choix de la Népal Trek était assez incongru car la chaussure n'a rien d'une nouveauté et de nombreux fora en font l'echo. Mais je voulais savoir si cette chaussure pourrait relever le défi d'être capable d'assurer toutes les courses de l'année pour un randonneur-alpiniste de niveau moyen. Une chaussure à l'aise aussi bien dans les chemins de randonnées qu'au Mont Blanc... Voyons si cela a été possible...

Les données fabricant

Conseillée pour: alpinisme traditionnel et trekking engagé.

L’excellente tige du modèle Népal, combinée à une structure moins rigide et plus légère€. Modèle destiné à l’alpinisme traditionnel, au trekking intensif et aux professionnels de la randonnée. Adapté à l’usage de crampons semi-automatiques ou New Matic, grâce à un insert postérieur. Doublure en Dry-Best® et intersemelle micro poreuse à densité différenciée.

Tige: Cuir Idro-Perwanger® hydrophobe 3+ mm

Doublure: Dry-Best® à l’arrière, Cambrelle® à l’avant

Première: Ibi-Thermo isolante 6 mm

Semelle: Vibram® Impact Brake System

Pointures: 37 - 48, avec demi-pointures

Poids: Gr. 1.750 la paire

Prix : 239€

Le test

La recherche d'une chaussure polyvalente

Je me suis livré à un petit sondage: de combien de chaussures un passionné de montagne a-t-il besoin?

J'ai regardé dans mon repère à matos et j'y ai trouvé... 5 paires:

  • une paire de chaussures tige basse pour les calanques et les sommets des basses alpes en été;
  • une paire de chaussures de trek Gtx;
  • une paire d'alpinisme estival, cramponable en semi auto;
  • une paire de coques, pour les hivernales et l'altitude;
  • mes vieilles cuir que je n'ai pas le cœur de balancer, elles sont prêtes à faire encore 10 ans de montagne, mais je les trouve trop lourdes maintenant.

Et encore, il m'en faudrait une pour la cascade...
Bref, l'idée d'une paire vraiment polyvalente, qui ne pourra pas faire de l'extrême, mais tout le reste, est devenu un objet de recherche intéressant.
Tout de suite, mon regard s'est porté sur la Népal Trek, une chaussure qui a déjà fait sa réputation, mais qui méritait d'être testée pour sa polyvalence.

Poids sur ma balance: 1900g en 44

 

Idéale pour les treks d'altitude au printemps... si ce n'est l'imperméabilité.

Un programme de tests dans toute la gamme rando-alpinisme :

  • Trek dans le Queyras en fin de saison, avec bivouac, passages de col, et descente en face nord enneigée.
  • En hiver: randonnée en raquettes sur la face nord de l'Estrop avec bivouac expo, puis alpinisme hivernal sur la face sud du Puy de la Sèche, plusieurs rando classiques à une altitude de 2000 sur les montagnes des Préalpes dignoises.
  • Au printemps: enchainement de sommets en neige pourries, avec longues journées, quelques itinéraires difficiles et sacs lourds. Alpinisme de printemps avec la variante nord de l'Estrop.
  • En été: quelques sommets d'alpinisme facile: voie normale des Rouies et enfin, la voie normale du Mont Blanc pour se confronter aux conditions d'altitude alpine.

Népal Trek : Maintien de pied et précision 

La Népal Trek m'a tout d'abord séduit par sa prise de cheville et son maintien du pied, mais quand à sa capacité à faire du véritable alpinisme j'étais assez réservé, la pensant trop souple. Le maintien du pied, il faut le signaler, est tout bonnement exceptionnel. La chaussure offre une véritable protection de la cheville et donne une sensation de maintien et de précision vraiment appréciable quand on pense comme moi que la première des sécurités en montagne réside en la bonne tenue du pied en pentes raides, herbeuses, ou en neige molle.

La Népal trek s'adaptera avec le plus de bonheur aux pieds fins, mais certaines largeurs sont tout de même acceptées, notamment devant, au niveau des orteils. 

La Népal Trek : une dimension "Alpinisme" finalement intéressante.

La bonne surprise a été de trouver assez de rigidité sur les appuis pour grimper facilement lorsque le terrain se redresse. Ainsi, chaussé de crampons, des pentes de gentils couloirs à 40° et quelques passages à 45° sont avalés sans difficulté. Le couloir de la VN des Rouies, voie classique du Valgaudemar et la pente finale du sommet en neige chaude ont été les premiers tests de pente un peu raide en altitude. Les pentes du versant nord de l'Estrop, en mixte au printemps, sont un peu plus raides et ont confirmés la bonne tenue de la chaussure dans du terrain haute montagne.
La possibilité de cramponner en semi-auto parachève la dimension "alpinisme" de cette chaussure à l’appellation "trek".

 

 Le couloir des Rouies au petit matin

Un gros défaut d'étanchéité

Oui mais... badaboum! Les Népal Trek ont juste un petit inconvénient pour une chaussure d'alpinisme: elle ne sont pas étanches... En tous cas les deux paires qui nous ont servi pour les tests. 

Quelle déception!... Au retour de l'Estrop nous nous sommes posés la question, mais au retour des Rouies, après 8 heures dans la neige chaude du glacier, nous en étions convaincus : le traitement hydrophobe du cuir de la chaussure est inefficace; et je parle de chaussures neuves!!... Retour sur les fora, où les utilisateurs en parlent et donnent quelques solutions. La meilleure semble être le traitement au Nikwax que nous avons testé avec plus ou moins de bonheur selon les modèles. Evitez la graisse, nous y avons trouvé peu d'efficacité. Va donc pour du Nikwax, mais ça fait encore un truc à acheter et une petite logistique...

Jean-Christophe, un adepte des Népal trek, préconise de placer un liseré de colle souple (Seamgrip) à la jonction entre la semelle et la tige. Dans ce cas, le mieux est de réaliser le collage dès l’achat des chaussures (meilleure accroche de la colle sur matériaux neufs et propres) et après chaque ressemelage. Bien sûr, étanchéifier les cotés interne et externe de la chaussure.

Utiliser obligatoirement une colle souple (type Seamgrip) qui va absorber les déformations de la chaussure. Pas de colle dure (type araldite) qui va casser sous l’effet des contraintes. Un meilleur résultat est obtenu en disposant 2 couches de colle (1ère couche; 24h de séchage, puis 2ème couche).

 

Le SAV La Sportiva déficient

Pour finir avec ce problème d'étanchéité, il faut ajouter que le retour des chaussures au magasin s'avèrera inutile car la marque refusera de les reprendre. Vous pouvez toujours écrire au SAV LA Sportiva... Au mieux recevrez-vous une réponse polie mais sans suite, le plus souvent ce sera le silence radio. Vraiment déplorable pour une marque de ce standing.

L'usure de la semelle

Autre point faible mais rien de terrible, la semelle semble vouloir s'user assez rapidement; comme elle est très bonne, on peut lui pardonner.

Le test du Mont Blanc

Vient enfin le test du Mont Blanc, non pas pour le plaisir de ce sommet sur fréquenté, mais comme point de repère identifiable par beaucoup pour des conditions en altitude alpine, où l'on aura la grimpe un peu raide de l'aiguille du Goûter, des conditions de neige froide et une petite caillante au col du Dôme.

Bingo! test réussi pour les Népal Trek qui ont très bien supportées ces conditions. Michel qui les avait aux pieds ce jour là a eu juste un peu froid, lors d'un petit arrêt au col du Dôme, mais tout est vite rentré dans l'ordre. Avec les 50 km/h de vent j'ai eu également un peu froid dans mes coques.

Pour les avoir porté en ascensions hivernales, sur des sommets de 2500/3000m, je dois dire que j'ai été favorablement surpris par leurs qualités thermiques. La chaussure est taillée suffisamment large devant pour éviter la compression du pied et favoriser ses capacités à être utilisée par températures négatives.

 

Les Népal Trek sur l'arête des bosses à 4800m

 

Bilan :

La Népal Trek est donc bien la chaussure qui permet de tout faire en montagne, de la randonnée facile à l'alpinisme de niveau PD+.

Une exceptionnelle tenue de pied et une précision très agréable, avec le défaut de l'imperméabilité qui demande un traitement régulier du cuir et une limite d'utilisation en course à la journée par conditions de neige chaude.

 

Suivi des tests

Novembre 2013: La Népal trek est abandonnée par la marque (problèmes d'étanchéité) et remplacée par la Karakorum HC avec GTX.
Du coup cette Karakorum devient intéressante car la Trek était une putain de bonne chaussure avec un putain de problème d'étanchéité.
La Karakorum est (encore) plus large devant. Ce n'est donc pas tout à fait le même chaussant, mais la tenue de cheville reste très bonne.

Avril 2016: Je ressors les Népal Trek pour un parcours soutenu et sauvage. très heureux de les avoir pour des arêtes encore chargées de neige transfo. Dans les endroits où le regel était très présent, j'ai pu me sentir à l'aise grâce à la qualité du maintien et de la semelle. Aucune douleur aux pied après 18 heures de marche sur deux jours dans des terrains aussi variés que difficiles. L'étanchéité ne m'a pas posé de problème car nous alternions les passages en neige avec de longues pentes d'alpage ou de cailloux.

Idem pour une virée encore plus sauvage et un poil plus haut. Toujours aussi bon mais les pieds mouillés en fin de premier jour; trop de névés à parcourir pour ses capacités hydrophobes... J'ai pu sécher mes chaussettes dans le sac de couchage. Les semelles (pas celles d'origine) ont fait un bout de chemin durant la nuit. c'était confortable pour le lendemain.

Les qualités

  • un excellent maintien de la cheville et du pied 
  • un déroulé de pied confortable
  • une rigidité et une accroche compatible avec l'alpinisme facile
  • une précision et une légèreté très intéressantes
  • compatibles avec les crampons semis auto

à améliorer

  • un défaut d'étanchéité difficilement compréhensible pour une chaussure de ce prix, à traiter au Nikwax et privilégier l'utilisation à la journée.
  • une usure de la semelle un peu rapide
  • le prix
  • un SAV défaillant