TEST-MATERIEL-OUTDOOR a été créé en 2012 pour diffuser les retours de tests que je publiais auparavant sur d'autres sites.
Voilà 9 ans désormais que je pars en montagne tester du matériel, filmer et parler en plein vent, écrire et illustrer les retours de mes expériences de terrain.

Pourtant, je suis d'une nature assez révoltée face au matérialisme grandissant et à la débauche de technicité qui emplit de plus en plus l'univers des montagnards et apprentis alpinistes que nous sommes...
Encore un paradoxe de plus ? certainement!

 

 Prise de vue des tests Trango S Evo - Pierre Allain 2012           

 

Tout commence par une claque...

Pour aller dormir en expé, j'avais pensé qu'un duvet -18°C ferait l'affaire... mais c'était sans imaginer la complexité des normes appliquées par les fabricants, et  les arguments de vente des conseilleurs, qui ne sont pas les payeurs, ni les essayeurs...

En bref, je me suis caillé de 2500 à 6000 m et de plus j'ai bien fait rigolé mon compagnon d'expé qui lui avait un -15°, mais un vrai!..
Au retour, je constatais que les -18°C annoncés étaient devenus 0°!! incroyable mais vrai! J'en profite pour raconter l'expé à mon vendeur favori et lui montrer les belles gelures que je ramène sur mes arpions. J'entends alors un truc intéressant " lorsqu'on parle de -15°C pour un duvet, c'est quand on peut l'utiliser pour dormir dans la tente et qu'il fait -15°C dehors..."

Ma résolution était prise; j'allais changer de duvet, mais cette fois il fallait le tester ou voir qui aurait pu le faire.
Ma petite expérience de vente de matériel de montagne m'a montré que l'offre de matériel est telle qu'il faudrait que les vendeurs soient à mi-temps dans leur magasin pour avoir l'autre moitié consacrée aux tests des mes matériels qu'ils proposent.

Si ma démarche est née, au départ, d'une déception, mon propos n'est pas de houspiller les vendeurs, les fabricants, les testeurs, les internautes. Je cherche davantage à comprendre les matériels, les systèmes de fabrication, et j'essaye de partager mon expérience de terrain.

Prise de vues - matériels pour hivernales - Haute Ubaye 2016


Je compte poursuivre cette démarche en sachant bien que je prête le flan aux critiques. J'ai parfois droit à quelques soubresauts du style:


- "Oh lui hé, il fait le jeu de la grande distrib!" Première salve reçue de plein fouet lorsque je publiais mon premier test sur le duvet -10 down de Quechua. "Agent de la grande distribution", "élément néo-libéral" "complice de l’extinction des petits fabricants" et surtout coupable de donner un ton un peu marketing (professionnel et correctement écrit?) à mon compte rendu. Mon procès était fait! Il fallut que les modérateurs de C2C interviennent pour calmer le jeu. C'est vrai quoi, on peut tout de même parler du matériel des supermarchés de la grimpe... Le duvet était sérieux, pas génial, mais il méritait d'être testé!

- "Ouah lot'hè ! il se fait payer du matos par les fabricants! c'est de la pub!... Celle là est la meilleure et aussi la plus difficile à gérer...

N'étant pas sponsorisé par le Qatar, je n'ai pas les moyens d'acheter 100% du matériel que je teste. Ceci-dit je le fais quand je peux.

VOUS REMARQUEREZ QU'IL N'Y A PAS DE PUBLICITE SUR TEST-MATERIEL-OUTDOOR.
On pourrait, et même on DEVRAIT en mettre une pour alléger nos frais, mais je ne me sens pas de répondre aux sempiternelles accusations de favoritisme, ou de remise en cause de notre intégrité en matière de tests. Les pourfendeurs sont assez nombreux comme ça, inutile de leur donner du grain à moudre.

Cette activité est une passion. Loin de m'en rapporter, elle me coûte du fric: déplacements, achats de matos, frais d'hébergement, Webmaster, consommables pour la vidéo, etc. Sans compter les heures passées à écrire, encoder, etc. Disons que cette passion est un luxe que je m’octroie, car j'en ai la possibilité. Il n'est d'ailleurs pas dit que cela sera possible éternellement...

Que devient le matériel testé? Je garde celui que j'ai préféré, et le ressors régulièrement pour l'emmener en montagne comme un vieux copain, et je continue à en parler dans le "suivi des tests". J'aime aussi dépanner des collègues plus ou moins nécessiteux, j'aide des guides Tanzaniens ou Marocains en leur offrant quelques vêtements bien testés... Et puis il m'arrive d'en vendre pour alimenter la petite caisse qui sert à acheter de nouveaux matériels.

Test sursac A Guru Vertical et Swing 900 Valandré - Glacier Carré 3600m -

D'où provient le matériel testé?

Environ 50% du matériel testé a été acheté pour mon utilisation personnelle, ou celles d'amis qui l'essayent ou qui me le prêtent. Je n'hésite pas à mettre de l'argent lorsque je vois un article dont le test me stimule dans l'immédiat.

50% du matériel est demandé aux marques. L'idéal serait bien sûr de tester le matériel sans leur en parler, mais je n'en ai pas les moyens. Mon action est bénévole et j'assume la totalité des frais de reportage et de publication.

Contrairement à mes débuts, je demande maintenant aux marques de me laisser le matériel pour en avoir une utilisation prolongée, ce qui me permet de faire vivre et de compléter les tests des années après avoir publié l'article.

 

 
Chaussures d'appoche La Sportiva après 3 années de test

 

Comment est choisi le matériel testé ?

Trouver ce qu'il y a de mieux en rapport qualité/prix, des nouveautés, des matos en projet non commercialisés demande du temps et de la persévérance...
Évidemment je vais et j'irais avant-tout vers le matériel qui me plait. Même si je peux me tromper, ce sont à priori des bons produits, des trucs intéressants. J'évite de partir avec du matos inadapté, dont on peut voir tout de suite les imperfections. 

Juger un produit...

Je suis assez idéaliste en général, et je trouve "normal" que le matériel proposé soit parfait. Bien que certaines imperfections soient encore de l'ordre de l'incompréhensible, il faut reconnaitre que les produits complètement ratés n'existent quasiment plus.
Il m'est arrivé quelques fois une incompatibilité avec certains matériels, par exemple des chaussures qui m'ont vraiment fait mal, ou dont la durée de vie s'est révélée insuffisante. Dans le cas, où je trouve qu'il y a un gros défaut, J'essaye d'abord de comprendre pourquoi le produit ne m'a pas donné satisfaction. Puis j'en fait part aux fabricants. En général ils sont assez peu réceptifs aux critiques, mais certains utilisent vraiment mes retours pour améliorer leur future production et l'échange d'information devient alors pour moi très motivant.

Figurez vous que le duvet dont je parle plus haut, certains utilisateurs de C2C l'ont trouvé très bien et m'ont assurés y avoir dormi au chaud par -16°C quand je me suis pelé dedans à -4! Pour tout dire, je n'y crois pas. Mais je peux tout de même en déduire que je suis loin de tout comprendre, et surtout que la dose d’irrationnel sur le jugement d'un produit est à la hauteur des passions que suscite la montagne.

En résumé, les tests ne sont que des tests. Je décris mes sensations, et uniquement mon vécu en me fiant à ma petite expérience de 35 ans d'alpinisme sans prétentions, si ce n'est l'ambition des grands espaces sauvages et de l'autonomie.

Ça va papy?

Paul RégnierEt oui cela fait bientôt quarante ans ans que je lasse mes godillots, que j'attache mes crampons et que je passe au dessus des rimayes en serrant les fesses.

J'ai connu l'époque où l'on grimpait en grosses, en baudrier intégral; les rappels à l'ancienne... Je suis passé de l'assurage au corps, au huit, puis à la plaquette et au grigri deuxième génération.

Tout ce chemin m'amène à prendre du recul par rapport à l'ambiance actuelle; des dégaines à 0.5 gramme de moins que celles du copain, des pompes de ski de rando qui valent bientôt le prix d'un scooter...

Je faisais moi même mes dégaines pour grimper à Buoux ou au Verdon, avec de la grosse sangle qui fondait sur les côtés après deux vols sur le même point.

Ce n'est pas une gloire mais un chemin qui montre que le matériel "outdoor" n'est pas une finalité, mais un moyen d'évoluer dans cette belle dimension que la nature nous offre. Merci de ne pas l'oublier.

Les copains: Je profite de certaines sorties pour demander à mes compagnons leurs avis sur certains matériels (duvets, sacs à dos...). Je profite donc de l'expérience de mes amis pour les tests. Certains vont même jusqu'à rédiger des comptes rendus sur des produits qu'ils ont bien senti, et un grand merci à ceux qui m'aident dans les prises de vue, qui me permettent d'utiliser leurs photos. Je n'y arriverais pas sans eux!

 

A quoi servent les vidéos de test-materiel-outdoor?

Les vidéos montrent dans quelles circonstances les matériels ont été testés. Les moments les plus difficiles techniquement, les plus exposés, ne peuvent toutefois être filmés avec les moyens dont je dispose, mais j'essaye toujours de montrer les activités durant lesquelles le matériel a été éprouvé.
Certaines vidéos ne sont que des illustrations des tests, d'autres sont plus construites avec des explications générales ou techniques.
J'essaye, dans la mesure du possible, de réaliser des vidéos qui montrent l'utilisation du produit en situation, et je cherche toujours à mettre en valeur le cadre d'utilisation qui pour moi est plus important que le produit lui même (qui ne reste qu'un moyen pour y accéder). Parler d'un duvet au petit jour avec la sensation toute fraîche de la nuit passée dedans est inimitable.

J'aimerais que ces vidéos soient aussi une ode à la montagne, à ses paysages, - changeants selon les saisons-, et aux différentes ambiances que l'on peut y trouver.

 

                        Vidéo du test du duvet Down 1000 Wilsa